vendredi 28 novembre 2008

La vérité, veritaes...


Michel Simon & Théo Angelopoulos au Mercury

Pour répondre à cette question qu'on me pose souvent Doms, à savoir comment peut-on ne pas aimer fortement Angelopoulos, je pense qu'un petit post vite fait (pas trop mal fait j'espère) s'impose...
à la vérité, ce n'est pas aussi radical, ce n'est pas en terme de j'aime ou je n'aime pas, c'est plus nuancé dans le sens où j'apprécie sa poésie, du moins je la vois, je la ressens (je crois); je suis touchée souvent par ses thèmes; sa caméra est parfois très originale, voire unique; mais je me sens comme une auto-stoppeuse sur le bord de sa route artistique tant j'ai la sensation désagréable d'une frustration quasi permanente durant ses films... je les trouve longs, lents, très, trop lents... ce genre de lenteur qui n'apporte rien au message et qui me fait décrocher...
Je parle de sa poésie et justement, ça donne déjà un rythme particulier à un film la poésie, ça le ralentit parfois... si en plus les dialogues sont déclamés le charme est rompu, je ne suis plus dans la magie du cinéma, je suis dans une pièce de théâtre filmée et ça n'a rien à voir...
Pour faire une comparaison qui sera peut-être plus claire que mon explication, prends Kaurismaki et/ou Suleiman qui sont deux réalisateurs que j'adore très fort... ils ont un peu les mêmes modes opératoires et se rapprochent fortement du style Angelopoulos... caméra très lente, surtout le finlandais, il se permet même le luxe d'être radin en texte lui aussi et pourtant il arrive à combler ce "manque"... parce que cette lenteur est dans le mouvement et non dans la durée...
Suleiman c'est pareil, peu de dialogues, mais lui ses images ont en plus, un humour qui parle mieux que n'importe quel texte... Tous les deux entretiennent leur coté déjanté, alors que chez Angelopoulos il est disséminé un peu partout dans le film et c'est dommage...
Dans l'Eternité et un Jour par exemple, je suis constamment déçue de ne pas trouver ce mélange de capacités qu'il a... comme sil ne pouvait les assembler... pourtant un passage que j'ai trouvé cinématographiquement parfait, c'est bien chez lui et dans ce film justement... quand le petit garçon sort de la morgue et rejoint ses copains pour un hommage à Sélim... cette séquence c'est du grand art... vraiment !! tout y est, les images, le rythme, le jeu, la musique, le texte sans fioritures... tout... elle dure quelques minutes cette scène... après on retombe dans des sortes de séquences rattachées les unes aux autres avec des enchainements à la Bunuel, mais ça reste trop léger à mon gout... soit il n'y a que l'image, que le texte, que la musique, que la poésie, ou alors au contraire il y a surcharge de symboles, d'idées qui écrasent un peu le tout...

Extrait

Je n'ai pas vu sa filmo complète, seulement 2 films, L'Eternité puis le Pas de la Cigogne... et la même sensation les deux fois...
voilà pourquoi je ne suis pas fan du style... même si la critique est quasi unanime le concernant... mais ça, il y a un moment déjà que je ne m'y fie plus... la critique, qu'elle soit pro ou publique encense Truffaut et pourtant je n'ai aimé aucun de ses films... oui, oui... et pourtant c'est pas faute d'avoir essayé, je l'ai même étudié en DU de cinéma, mais rien à faire... pareil pour Jeunet et son sacro-saint Destin d'Amélie, et, et, et... la liste n'est pas exhaustive... pareil pour Chabrol mais à l'inverse cette fois... pas très apprécié, alors que je moi le trouve magistral dans chacun de ses films...


8 commentaires:

Dominique a dit…

Eh bien, merci pour ce long développement.

C'est marrant ce que tu dis sur la lenteur, parce que, en règle générale, j'ai un problème avec les films lents. Mais chez Angelopoulos je ne la ressens pas ou, en tout cas, elle ne me gêne pas.
D'autre part, j'ai une sainte horreur des films donnant le sentiment qu'on assiste à une représentation théâtrale (sans doute parce que j'aime peu le théâtre...) et là encore, je ne ressens rien de tel. Au contraire,c'est un réalisateur qui m fait entrer complètement dans son univers (ce qui ne m'arrive jamais au théâtre où je ne vois que des acteurs jouer). Je n'ai pas du tout une approche intellectuelle de ses films : ça reste très sensoriel pour moi.

Heureuse de voir à la fin du billet que nous avons quand même un goût commun : je suis une inconditionnelle de Chabrol !

Sijavéssu a dit…

Ah ben voilà tous les espoirs sont donc permis !! Quelqu'un qui sait aimer Chabrol est forcément une bonne cinéphile :))
J'espère que tu referas un tour par là, car je viens juste de mettre en ligne le passage dont je parle... mais bon...

christian a dit…

Toutes ces notes si bien écrites et argumentées méritent que nous laissions trace de notre passage. Pour être cinéphile, il faut voir et revoir tous ces films.
Bravo, Sijavéssu, je suis content d'être venu.

Sijavéssu a dit…

Merci Xian c'est gentil et ça me fait plaisir que ça te plaise :))

Dominique a dit…

j'ai refait un tour... et je ne le regrette pas.

Claudio a dit…

Euh ! On peut aimer Truffaut, Amélie et Chabrol ?
Euh ! On peut dire qu'on ne connait d'Angelopoulos que le nom ?
Euh ! On peut ajouter qu'en fait pour Chabrol, je n'aime pas, j'adore MAIS quelqu'un peut-il m'expliquer pourquoi tous les personnages de tous les films de Chabrol ont toujours une cigarette à la bouche ; ça gâche le génie du réalisateur (en plus j'ai un pouvoir particulier pour sentir les odeurs à travers les écrans)

Claudio a dit…

Je viens de regarder l'extrait que tu présentes et... ça donne envie. C'est de la lenteur utile.
Merci.

Sijavéssu a dit…

Bien sur, on peut tout Claudio, tu le sais bien !!
Hmm par contre avouer ne pas connaitre Angelo, heu, nan ça nan, faut pas... tu regardes en l'air, tu fais le type hyper inspiré et tu sifflotes, genre "je suis en pleine réflexion !!" et voilà :)

Concernant le passage je l'ai dit, c'est pour moi une merveille... tout y est... dans CE passage... si tu veux je peux te passer le film, et un autre même d'Angelo...